Hier soir, dimanche 12 avril 2026, Péter Magyar a remporté les élections législatives hongroises avec 53,56 % des voix et une super-majorité de 138 députés, soit plus des deux tiers de l'Assemblée nationale. Viktor Orbán, qui a exercé le pouvoir pendant 16 ans en Hongrie et s’est systématiquement servi de son veto pour affaiblir l’Union européenne de l’intérieur, est enfin défait démocratiquement. Et ce malgré la multiplication des ingérences russes et américaines pendant toute la campagne. Dans ce nouvel épisode de Max Europe, je vous propose de comprendre en cinq minutes qui sort gagnant et perdant de cette élection.
5 gagnants
1. La démocratie et l'État de droit en Hongrie
Avec une majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale, Péter Magyar peut faire à Viktor Orbán ce que Viktor Orbán avait fait à la Hongrie : réécrire les règles du jeu. En 2012, Orbán avait utilisé cette même super-majorité pour affaiblir la Cour constitutionnelle, mettre les médias publics sous contrôle gouvernemental et redessiner le système électoral à l’avantage de son parti, le Fidesz. Magyar peut désormais défaire tout cela seul, sans négociation ni coalition. Dans les quatre prochaines années, on peut espérer une restauration progressive de l'indépendance de la justice et de la presse et le retour d’élections équitables à l'avenir.
2. La population LGBT hongroise
Magyar a tout fait pendant la campagne pour ne pas se laisser embarquer sur la question des droits LGBT, qu'Orbán utilisait comme repoussoir électoral. Je ne pense donc pas que nous puissions ou devions espérer la moindre avancée spectaculaire à court terme sur ce sujet. Cependant : Magyar va très probablement abroger la loi de mars 2025 rendant la Pride illégale et autorisant la reconnaissance faciale contre ses participants – ne serait-ce que pour débloquer les 19 milliards de fonds européens gelés depuis 2022. Idem pour la loi de 2021 interdisant la « promotion » de l'homosexualité auprès des mineurs – calquée sur la législation russe – qui devrait faire l'objet d'une nouvelle procédure d'infraction devant la Cour de justice de l'Union. Cette fois-ci, la procédure devrait pouvoir aboutir si Magyar n’oppose pas son veto en cours de route. Bref, ce n'est pas une révolution pour la communauté LGBT, mais la fin de sa persécution active en Hongrie.
3. Le futur de l'Union européenne
Magyar a fait ses premiers pas politiques en février 2024 en dénonçant publiquement le système Fidesz. Quatre mois plus tard, son parti Tisza obtenait 29,6 % des voix aux élections européennes et envoyait 7 députés au Parlement européen au sein du groupe PPE. C’est le même groupe dont est issue la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Avec la victoire de Magyar d'hier, les dirigeants européens qui se réunissent tous les trimestres au Conseil européen peuvent espérer avoir enfin un partenaire hongrois qui ne bloquera plus systématiquement les décisions clés : nouveau paquet de sanctions contre la Russie, déblocage du prêt à l'Ukraine et peut-être même suspension des droits de vote de la Slovaquie de Robert Fico, ce nouvel Orbán en puissance dont l'isolement devient soudainement envisageable sans le bouclier de protection de la Hongrie.
4. L'Ukraine et la sécurité européenne
Avec Magyar au pouvoir, l'Ukraine retrouve un voisin frontalier qui, à défaut d'être un allié direct, ne devrait plus s'opposer au prêt européen de 90 milliards d'euros – auquel la Hongrie ne participe même pas – bloqué depuis mars 2026. Ça, c'est pour les sous. Et pour ce que j'appellerai de la trahison, on peut aussi espérer que le nouveau ministre des Affaires étrangères du gouvernement Magyar ne transmettra plus le contenu des réunions confidentielles du Conseil européen à son homologue russe, Sergueï Lavrov. Enfin, côté propagande, les vidéos de désinformation anti-Ukraine diffusées en permanence par les médias sous contrôle d'Orbán devraient diminuer en intensité, ne serait-ce que sur les chaînes publiques qui ne sont plus sous sa coupe.
5. La droite conservatrice pro-européenne
Sans analyser toutes les nuances de droite et d'extrême-droite européenne, le clivage qui compte aujourd'hui est simple : d'un côté les droites qui soutiennent l'Union européenne et l'Ukraine, de l'autre celles qui s'y opposent et veulent la détruire de l'intérieur. La Présidente du Conseil italienne, Giorgia Meloni, appartient clairement au premier camp : elle était à la Maison Blanche avec les autres dirigeants européens pour soutenir l'Ukraine et au sein de l'Union son groupe ECR s'est considérablement rapproché du PPE et donc de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et du chancelier allemand Friedrich Merz. Avec la victoire de Magyar, qui siège lui aussi au PPE, le poids de cette droite conservatrice pro-européenne au Conseil européen se renforce mécaniquement : au détriment de l’extrême-droite anti-européenne du groupe des Patriotes qui vient de perdre l'un de ses piliers.
5 perdants
1. L'extrême droite anti-européenne
Le groupe des Patriotes, où siège le Rassemblement National français, vient donc de prendre une immense baffe démocratique. Sans surprise, Marine Le Pen et Jordan Bardella s'insurgent. Mais ce que cette défaite prédit peut-être pour l'élection présidentielle française de 2027, c'est que les électeurs européens qui votent pour la droite ou l'extrême droite ne sont pas prêts pour autant à soutenir des leaders qui s'affichent ouvertement comme les alliés de Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping. Les ingérences russes et américaines, avec la visite du vice-président américain JD Vance à Budapest, ont été un véritable baiser de la mort pour Orbán.
2. Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping
Reparlons justement de notre trio d'autocrates impérialistes. Avec la chute de Viktor Orbán, ces trois-là perdent leur cheval de Troie au sein de l'Union européenne. Et encore, dans la légende grecque le cheval est censé créer l'effet de surprise… Bien sûr, il leur reste encore beaucoup de cartes pour s'attaquer à l'Europe. Les États-Unis de Donald Trump devraient continuer à affaiblir l'OTAN et à maintenir l'Europe dans une dépendance numérique. La Russie de Vladimir Poutine continuera de provoquer notre flanc Est, de multiplier les attaques hybrides et les opérations de désinformation. Et la Chine de Xi Jinping pourra maintenir une pression considérable sur nos importations de terres rares – ces métaux qu'elle est quasi seule à produire et qui sont indispensables à la fabrication des batteries de nos smartphones ou encore de nos équipements de défense. Pour autant, Orbán était un moyen encore plus sûr et direct de mettre l'Europe en difficulté. Car c'est justement en empêchant l'Union d'avoir une réponse commune, grâce à son veto, qu'Orbán décuplait l'impact des pressions de ce trio.
3. Le futur de l'Union européenne
Oui, je sais, je l'ai déjà mis dans les gagnants. Mais ma grande crainte avec cette victoire de Péter Magyar, c'est que les dirigeants européens, soulagés, ne voient plus aucune urgence à réformer l'Union. Pourtant, pendant seize ans, un pays de 10 millions d'habitants a pu paralyser 450 millions d'Européens grâce à la règle de l'unanimité. Cette faille démocratique n'a pas disparu avec Orbán : la Russie attend seulement d'y glisser son prochain Orbán. C'est peut-être déjà Robert Fico, le Premier ministre slovaque. Et ça aurait pu être la Moldavie, pays candidat à rejoindre l'Union, à l'avenir : sa présidente, Maia Sandu, a remporté les dernières élections de justesse en 2024, face à de nombreuses ingérences russes.
4. Viktor Orbán
La chute de l'ancien Premier ministre risque de ne pas s'arrêter à une défaite électorale. Avec une majorité des deux tiers, Magyar a les moyens non seulement de défaire toutes les lois liberticides adoptées par le Fidesz, mais aussi de démanteler l'oligarchie financière et politique qu'Orbán a construite autour de lui : les hommes d'affaires proche de lui, les médias qu'il a rachetés, les marchés publics qu'il a orientés, les propriétés immobilières de sa famille. La réélection de Donald Trump après quatre ans dans l'opposition devrait rappeler à Magyar l'importance de finir le job : judiciairement et financièrement j'entends.
5. La gauche en Hongrie et au Parlement européen
Pour chasser enfin Orbán du pouvoir en Hongrie, tous les partis à la gauche de Magyar – qui est un conservateur de droite pour rappel, donc ça fait beaucoup de monde à sa gauche – ont dû s'effacer. Ils ont poussé le sacrifice jusqu'à faire activement campagne pour le parti Tisza, le tout sans remporter un seul siège et sans obtenir la moindre promesse électorale de Magyar en échange. La victoire est tout aussi amère pour les groupes de gauche au Parlement européen. Depuis 2012, ils ont multiplié les alertes et les procédures contre le régime d'Orbán. Pendant ce temps, le PPE, lui, a préféré garder Viktor Orbán dans ses rangs jusqu'en 2021 plutôt que de perdre sa majorité au Parlement. Pourtant, cinq ans plus tard, c'est bien le PPE qui sort renforcé de la victoire de Magyar, qui ajoute au groupe sa voix au Conseil européen et ses députés au Parlement européen. La gauche, elle, a disparu de l'Assemblée nationale hongroise tout en s'affaiblissant à Bruxelles. Tu perds, je gagne. Tu gagnes, je gagne. L'histoire européenne est cruelle, je vous le disais.
Ce matin, la Hongrie se réveille un peu plus libre. L'Union européenne un peu plus sereine. Mais tout cela reste très fragile. Si vous avez aimé cette analyse de Max Europe, partagez-la autour de vous pour faire grandir cette newsletter indépendante !
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